La famille comme base
C’est dans la famille que naît le citoyen, que se forment ses premiers jugements moraux, que s’inscrivent les habitudes qui feront ou non de lui une personne vertueuse. L’éducation intrafamiliale en est le premier vecteur.
Les parents sont les premiers responsables du bien de leurs enfants – leur santé physique, leur formation morale, la transmission de valeurs. Si les mamans semblent avoir conscience de manière plus naturelle de leur rôle, il n’en va pas forcément de même pour les papas qui semblent prendre conscience plus difficilement qu’ils ont un rôle essentiel à jouer et peinent donc à trouver leur place. Une place attendue par les enfants pour les aider à devenir des adultes responsables.
En matière de prévention de la délinquance, cela signifie que la première responsabilité incombe aux parents, en particulier au père qui incarne l’autorité et le cadre. C’est dans la maison que l’enfant apprend à obéir, à respecter les limites, à désirer le bien. C’est par l’exemple paternel qu’il comprend ce que sont la responsabilité, le respect et le rapport à la limite et la gestion de la frustration. Si cette formation de base fait défaut, aucun programme d’État ne pourra la remplacer sérieusement.
Il s’agit de bâtir une Alliance gagnant-gagnant entre les forces afin d’établir un relai vertueux entre les familles et l’État.
2. Le rôle de l’État : soutenir et éduquer les éducateurs.
Mais la réalité est que certaines familles sont fragiles. Dans certains quartiers, de nombreux pères sont absents, alcooliques, violents, ou simplement dépassés. L’impact est considérable sur les garçons en particulier, car ils grandissent en prenant des modèles. Si les modèles qui les entourent sont défaillants, ces garçons présentent un risque de devenir à l’image de ces figures. Dans cette hypothèse, l’État a un rôle précis : soutenir, renforcer, restaurer la fonction paternelle. Tout faire pour réengager le père dans son rôle, avant qu’il ne soit trop tard. Cela devrait commencer très tôt dans la vie d’un enfant.
Le principe de subsidiarité dit ceci : une fonction de plus haut niveau ne doit intervenir que si les niveaux inférieurs s’avèrent insuffisants, et elle doit intervenir pour les renforcer, non pour les écraser. L’État n’est pas le gardien de l’enfant ; il est le garant de conditions qui permettent à la famille d’exercer sa responsabilité.
3. L’éducation au quotidien.
La formation du caractère d’un enfant se fait par habitude et régularité. On devient vertueux en agissant de façon répétée jusqu’à ce que la vertu devienne une habitude. Cette habituation ne se fait pas à l’école, ni par des campagnes de sensibilisation de l’État. Elle se fait au cœur de la vie quotidienne, dans les petits actes, les refus, les obéissances, les responsabilités du foyer.
Quand un enfant apprend à ranger sa chambre, c’est une leçon d’ordre. Quand il aide son père à un travail, c’est une leçon de dignité du travail. Quand l’enfant voit son père parler à sa femme respectueusement, il reçoit cela comme le modèle relationnel à suivre avec les femmes. Quand son père le reprend fermement mais justement, c’est une leçon de justice. Aucune de ces expériences ne peut être déléguées à une institution sans perdre leur signification profonde.
Pour un enfant en risque de délinquance, l’enjeu est de lui donner une vie structurée, avec des limites claires, des responsabilités progressives, un père ou une figure paternelle qui ose et sait dire « non » et « oui » avec confiance, pour le bien de l’enfant.
4. Les trois niveaux de l’alliance
Une alliance véritable entre famille et État dans la prévention de la délinquance suppose trois niveaux de responsabilité mutuelle :
- Niveau 1 : Prévention primaire. Les familles sont soutenues avant la crise : par l’information, la formation systématique des pères, l’accès à des ressources (lieux de vie, activités). L’État crée les conditions pour que les pères puissent être pères eux-mêmes en alliance avec la mère.
- Niveau 2 : Prévention secondaire. Les familles en danger sont identifiées et accompagnées intensivement. L’État intervient auprès du père pour l’armer, le restaurer dans son autorité et sa responsabilité par une formation spécifique à la fonction paternelle.
- Niveau 3 : Protection et restauration. Quand la famille est gravement défaillante, l’État intervient pour protéger l’enfant, mais avec l’objectif toujours en vue de la réparation familiale et du retour à l’autonomie.
6. Conclusion : une alliance naturelle
La subsidiarité décrit un ordre naturel : la famille est le premier espace de vie pour un enfant, plus petite, plus proche, plus capable de connaître et d’aimer chaque enfant en particulier. L’État est plus grand, plus lointain, mais plus puissant. Son rôle est de créer les conditions pour que la famille puisse accomplir sa mission — et seulement d’intervenir, temporairement, quand la famille fléchit.
En matière de prévention de la délinquance, cela veut dire : responsabiliser le père, soutenir la famille, intervenir comme un appui à la famille, en réengageant le père si cela est possible, ou en lui substituant une figure paternelle, idéalement familiale. C’est une alliance, un pacte implicite : l’État dit au père « je te soutiens, tu es le premier responsable. » Et le père dit à l’État « j’accepte ma responsabilité, je demanderai ton aide si nécessaire. »
C’est sur cette alliance que doit se construire une véritable politique de la prévention de la délinquance.


